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Jung und Frei

Description

Jung und Frei, 2012. Graphite sur papier, 20x30 cm.


" Heaven’s Door " 

Les dessins de Stéphane Protic s’offrent de manière paradoxale au regard du spectateur. On s’interroge, on reste fasciné et mal à l’aise face à ces corps juvéniles à la nudité franche. Pourtant, bien qu’il s’agit d’enfants ou d’adolescents révélés à la surface du papier, on se sent proche de ces figures fugaces. On finit indéniablement par projeter nos propres fantasmes à travers ces corps devenus des images possibles et innocentes, soumises à la violence de notre monde. Représenter des enfants n’est en aucun cas, pour l’artiste, un questionnement autour de l’obscénité ou du voyeurisme, mais une transposition des contradictions et des désirs humains par l’affirmation de corps insouciants. Les enfants représentés se laissent aller, inconscients de ce qu’ils véhiculent par essence. « La nudité questionne directement une certaine idée de la beauté éphémère. Les enfants nus ne sont nullement représentés dans une visée pornographique ou pédophile. Il s’agit d’utiliser cette image comme le symbole d’une prise de conscience de cet état de jeunesse et d’innocence qui n’est pas éternel » explique l’artiste.

L’enfant porte, comme tout être, la gravité de sa finitude mais ne le réalise pas et peut dès lors côtoyer une imagerie violente sans vraiment en avoir peur. Stéphane Protic se joue ainsi de cet état de fait et instaure des situations de subversion, de danger ou d’interdit, dans lesquels évoluent les jeunes sujets. Ces images exhibent des corps nus sans rentrer dans l’outrage. La peau est sensuelle tout en étant pudique, les figures posent d’une manière involontairement exagérée, singeant l’âge adulte. Une vanité inexorable ressort des compositions telles Heaven’s Door. Cette dernière ouvre ainsi les portes d’un paradis défendu peuplé d’objets illicites repérables par un regard attentif. Ce dessin représente un parc dans lequel jouent plusieurs enfants. La scène est entourée d’un décor rococo composé de fleurs d’orchidée et de feuilles d’érable. Le regardeur devient voyeur à travers ces branchages et observe la situation intime mais problématique.

L’intime est une notion éminemment complexe qui ne trouve pas de réponse mais se constitue d’un ensemble de questionnements. Les dessins de Stéphane Protic interrogent avec force l’intimité et les limites de sa représentation. « l’intime se revendique souvent en marge du public ou contre lui. À l’exhibition du public, sans cesse menacé de vulgarité, il opposera obstinément une esthétique de la distance et une éthique du recueillement » affirme Dominique Baqué

Les images ici représentées semblent s’effacer tout en se révélant. Elles préservent une distance face à toute vulgarité, en s’y opposant par un trait hyperréaliste et une facture léchée. Elles se constituent plutôt par les manques et le vide qui les entourent. Le blanc devient finalement un espace de projection pour notre esprit et lui propose de recomposer et de compléter les scènes exposées. Certains fragments sont alors soustraits pour mieux transmettre et révéler la complexité des sujets mis en scène. Celles -ci avouent les doutes existentiels à l’homme, se substituant à lui à travers des images possibles, inquiétantes mais poétiques, de l’enfance.
                                                          

Thomas Fort